L'élection d'un président et la nomination d'un nouveau Premier ministre au Liban étaient de bons présages, mais le processus de normalisation politique ne semble pas évoluer dans la bonne direction. Les négociations en cours à Gaza concernant la libération des otages israéliens et l'échange de prisonniers palestiniens trébuchent également. La transition en douceur en Syrie ne produit pas d'accord consensuel sur son avenir politique parmi les différentes allées de la coalition islamiste. Cet état d'impasse politique s'explique par de multiples facteurs qui résument l'incapacité de ces différents environnements politiques à progresser vers des arrangements politiques négociés, les références démocratiques déficientes et les dilemmes géostratégiques persistants.
Ces différents environnements politiques sont encore sous l'emprise de l'influence politique iranienne à un moment où ses bastions géopolitiques s'érodent et où ses dynamiques politiques et idéologiques s'affaiblissent. En parallèle, ces environnements n'ont pas développé leurs antidotes politiques contre les retours de bâton autoritaires et les dangers imminents du chaos et la résurgence de la violence politique. Malgré leurs idiosyncrasies, ils partagent tous le modèle des conflits gelés, où les sociétés sont victimes de leurs toxines politiques auto-générées et de leur instrumentalisation par les courtiers de pouvoir régionaux et internationaux rivaux.
La formation d'un nouveau gouvernement au Liban, plutôt que de se dérouler sur une base consensuelle, reproduit les mêmes trébuchements idéologiques et politiques qui ont miné la gouvernance démocratique et conduit à l'effondrement des institutions étatiques et à leur instrumentalisation par les acteurs du pouvoir concurrents. Outre les équivoques juridiques léguées par les accords de Taëf, les contentions de pouvoir chiites, l'opacité du positionnement politique sunnite et l'indécision des acteurs politiques chrétiens et leur scène politique fracturée ne sont, en aucun cas, utiles pour dissiper la fractiosité solidement ancrée du paysage politique libanais ou aider à modérer leurs agendas politiques respectifs.
Nous devons ajouter aux équivoques internes les œillères psychotiques conventionnelles qui empêchent les acteurs politiques libanais de reconnaître les réalités et de les aborder en conséquence. Le Hezbollah reste inflexible quant à sa capacité à renverser sa défaite à un moment où tout son schéma stratégique basé sur les plateformes opérationnelles intégrées est parti en morceaux, son cœur stratégique au Liban réduit en décombres et les fortunes politiques du régime iranien sont des reliques du passé.
Le Premier ministre sunnite opère comme si sa plateforme communautaire était suffisamment cohérente pour faciliter ses projections politiques démesurées, ses caprices idéologiques et ses perspectives non révisées sur la manière de traiter avec Israël, ce qui mine sa capacité à opérer de manière consensuelle. Les circonscriptions chrétiennes, tout en applaudissant chaleureusement les évolutions politiques, ne se sont pas encore réconciliées avec les nouvelles dynamiques politiques suscitées par la contre-offensive israélienne et ses implications. Dans l'ensemble, les Libanais ont du mal à gérer les perturbations et à rompre les liens avec leurs enchevêtrements oligarchiques, leurs préjugés politiques et leurs œillères idéologiques, mais pas avec leurs sophismes et leur opportunisme malveillant.
La scène politique de Gaza continue de manœuvrer et est influencée par l'influence toxique de ses monstres auto-générés. Malgré les 42 000 victimes et la destruction massive léguées par l'entreprise criminelle et imprudente du Hamas et de ses acolytes, ils manipulent toujours la carte maîtresse des otages israéliens, essayant de déjouer Israël et de restaurer leur autorité incontestée sur le district. En d'autres termes, ils sont indifférents à la situation tragique des civils et placent leurs intérêts politiques au-dessus de toute autre considération.
L'échange politique prospectif ne semble pas inaugurer une nouvelle phase politique et remettre ce conflit sur la voie d'une solution négociée. La scène politique palestinienne est incapable de se reconstruire au-delà de sa fractiosité et de ses dépendances débilitantes et de son inaptitude à réengager Israël sur un nouveau cours de négociation loin du nihilisme délirant et des scénarios à somme nulle. En revanche, les radicaux israéliens se renforcent et s'imposent comme un acteur politique majeur à prendre en compte.
La transition en Syrie est entravée car les divisions de la coalition islamiste réapparaissent après l'intermède pacifique, le consensus idéologique ne semble pas prévaloir et la justice de transition est supplantée par la revendication bruyante de vengeance et de règlement de comptes. Les vues libéralisantes d'Ahmad al-Sharaa ne sont pas seulement contestées, mais elles sont défiées par une criminalité politiquement motivée nourrie par la saillance retrouvée des déclarations idéologiques.
La métamorphose météorique de la Syrie trahit les faiblesses d'une société profondément défaillante où les effondrements structurels ont engendré un état de violence endémique, de sauvagerie banalisée et de mort de la civilité. L'incapacité du régime syrien à s'extraire de ces sources imbriquées de destructivité politique et de déshumanisation rampante est assez discernable mais non fatale. Par ailleurs, les questions du pluralisme ethno-politique et des autonomies kurdes et druzes de facto ne sont toujours pas bien comprises par les nouveaux courtiers de pouvoir sunnites émergents et laissées aux interventions discrétionnaires des courtiers de pouvoir régionaux. Avant de définir ses choix stratégiques, le nouveau régime en Syrie n'est pas en mesure de définir son cours politique final.

