La reprise du bombardement inconsidéré des territoires israéliens depuis le sud du Liban constitue une violation flagrante des stipulations de la trêve imposée internationalement et met en péril la stabilité du Liban et sa sécurité nationale hypothétique. Le jeu fastidieux consistant à identifier les coupables fait partie d'un stratagème éculé dont l'objectif est de perpétuer l'état d'incertitude, de normaliser l'arbitraire et d'en rejeter la responsabilité sur Israël. Il n'y a rien de nouveau, et nous ne pouvons pas nous attendre à mieux à ce stade, puisque l'insolvabilité du nouveau gouvernement est vouée à l'échec dès le départ. Les équivoques délibérées, les œillères idéologiques, le défi ouvert du Hezbollah et la division omniprésente du nouveau pouvoir exécutif ainsi que son manque de cohésion expliquent l'état de volatilité qui prévaut dans le pays.
La faiblesse du gouvernement, la présidence désorientée et l'audace du Hezbollah témoignent de la fractiosité du paysage politique et de l'incapacité de l'État à reconstruire son autonomie loin des hypothèques qu'il a imposées. Ces faits fondamentaux remettent en question la pertinence du gouvernement et sa capacité à gérer la politique de transition, si jamais elle existe. Les incohérences inhérentes à sa formation et sa représentation biaisée, les différences idéologiques et politiques et l'absence de stipulations constitutionnelles pour prévenir la paralysie auto-induite du pouvoir exécutif sont les caractéristiques permanentes du régime de Taëf. Elles ont été imposées et instrumentalisées par les courtiers du pouvoir régional au cours des 35 dernières années.
Quel que soit le groupe militant qui a lancé les roquettes, le gouvernement libanais ne peut pas rejeter la responsabilité et se retrancher derrière la rhétorique habituelle de l'externalisation pour justifier son irresponsabilité et ses incapacités systémiques. Cette autorité exécutive nouvellement formée est venue dans le sillage d'un bouleversement géostratégique majeur déclenché par la contre-offensive israélienne dans tout le Proche-Orient et le remaniement des dynamiques politiques et stratégiques. La médiation internationale était à l'origine de la trêve qui devait ouvrir la voie à une stabilisation progressive, conditionnée à la prise en charge par les Forces armées libanaises (FAL), à la restauration de la souveraineté libanaise, au désarmement inconditionnel du Hezbollah et des camps palestiniens et au démantèlement de leurs vastes réseaux de gangs armés sur l'ensemble des territoires libanais.
Paradoxalement, aucune de ces stipulations n'a été abordée ouvertement par la déclaration de mission du cabinet, qui s'est abrité derrière de vagues promesses politiques sans incidence pratique. Les raisons sont évidentes, puisque le Premier ministre et son entourage ne sont pas explicitement engagés à réaliser les mandats militaires requis, ni n'ont décidé d'établir un seuil entre les deux ères. La logique derrière ce cours politique est idéologique, politique et personnelle, puisque le triumvirat qui contrôle le gouvernement est issu de la militance palestinienne qui a semé les graines de la destruction du Liban depuis le milieu des années soixante.
Autrement, les carrières politiques de ces titulaires ont prospéré sur le dos de la militance palestinienne pour promouvoir leurs fortunes. Outre les considérations idéologiques, ces profils ne sont en aucun cas prêts à affronter de front la militance chiite pour des raisons personnelles. Les raisons prudentielles ne sont pas tout à fait convaincantes, malgré le rejet tardif par Nawaf Salam de la devise du Hezbollah, "le peuple, l'armée, la résistance". La tactique gouvernementale était censée contourner les mandats internationaux, travailler à accommoder les agendas contradictoires de la politique de pouvoir chiite et la notion dégradée de souveraineté nationale, et déplacer l'épicentre de la politique libanaise loin du credo civil national et de sa configuration consociative.
Les dernières bévues sécuritaires sont loin d'être accidentelles. Elles reflètent le paysage politique fracturé, les crises endémiques de légitimité nationale et les réalités d'une gouvernance dysfonctionnelle. Le nouveau chef de l'État, Joseph Aoun, navigue dans les eaux boueuses d'un État défaillant et ne parvient pas à démontrer sa volonté de s'engager dans les mandats internationaux et de rompre avec les entropies systémiques qui ont corrodé l'immunité du Liban et sa capacité à reconstruire son autonomie morale et politique. Cet intermède touche à sa fin, et le Liban va très probablement manquer l'opportunité rare qui lui a été offerte de s'extraire des dynamiques destructrices de six décennies de conflits sans fin et d'échec étatique.
L'obstructionnisme intentionnel du Hezbollah est corrélé à la détermination de l'Iran à surmonter la destruction de ses plateformes opérationnelles au Proche-Orient et à récupérer ses bastions politiques. Ce n'est pas une coïncidence si les fronts de bataille à Gaza, les interfaces entre le Liban et la Syrie et la violence aléatoire des Houthis ont été réactivés. L'Iran considère que sa dernière chance de contenir ses défenses chancelantes est d'inciter aux guerres civiles, d'élargir le rayon du chaos et des conflits ethno-nationaux et de réduire la portée de la médiation diplomatique et de la résolution arbitrée des conflits. Néanmoins, l'Iran a perdu le contrôle de la région et sa capacité de nuisance a diminué. Les contre-insurrections prolifèrent et la politique de puissance internationale n'est plus influencée par l'ancien impérialisme iranien. La dernière étape de cet épisode tardif pourrait être la confrontation avec l'Iran, et non ses mandataires.

