Lorsque le monde se réunit à New York pour l'Assemblée générale annuelle des Nations Unies, la ville devient une scène de dialogue, de diplomatie et d'ambition mondiale. Mais cette année, cette scène est éclipsée par une réalité profondément inconfortable : le président syrien Ahmad al-Sharaa - un homme dont les racines politiques et militantes sont liées à al-Qaïda et à ses affiliés - marchera dans les mêmes rues qui portent encore le poids du 11 septembre 2001.
Je me souviens de ce jour avec une clarté douloureuse. À l'époque, j'étais chef du bureau de Washington d'un quotidien arabe basé à Londres, debout au coin de la 17e rue et de Pennsylvania Avenue alors que le chaos s'emparait de la capitale. Le personnel se précipitait hors de l'Old Executive Office Building, terrifié à l'idée qu'un autre avion détourné se dirigeait vers la Maison Blanche.
En tant qu'immigrant du Liban, j'ai ressenti un profond sens du devoir envers mon pays d'adoption. Ce sens du service m'a conduit à aider le Broadcasting Board of Governors à établir des chaînes de radio et de télévision en langue arabe, que j'ai ensuite gérées pendant sept ans en tant que directeur des informations du réseau et vice-président exécutif de l'organisation qui les gérait.
Ces souvenirs brûlants - l'horreur, la peur, le sentiment que tout avait changé - sont revenus lorsque j'ai appris que le nouveau président syrien, un homme autrefois affilié à al-Qaïda, marcherait dans les rues de New York ce mois-ci.
Pour le président Trump, ce moment est encore plus personnel. New York n'est pas seulement une autre ville américaine pour lui ; c'est sa ville. C'est là que se dressent ses tours, où son héritage a été construit et où le souvenir du 11 septembre est une plaie ouverte - pour les familles de près de 3 000 âmes perdues et pour une nation qui pleure encore.
Voir un homme avec le passé de Sharaa debout à Manhattan, accueilli sous la bannière de la diplomatie, n'est pas seulement une question de politique étrangère. C'est une question de clarté morale.
Son histoire est bien documentée. En tant que jeune homme, Sharaa a rejoint al-Qaïda en Irak, gravissant les échelons pendant l'insurrection post-invasion. Après sa libération d'une prison gérée par les États-Unis là-bas, il a refait surface en Syrie en tant que leader du Front al-Nosra, une filiale d'al-Qaïda qui a mené une guerre sectaire brutale. Il a tenté de se réinventer en 2016 en fondant Hay'at Tahrir al-Sham, revendiquant l'indépendance d'al-Qaïda. Pourtant, les responsables américains et les experts en contre-terrorisme ont été clairs : un changement de nom n'efface pas un héritage d'extrémisme, de violence et d'idéologie enracinée dans la haine.
Pour les New-Yorkais - survivants, familles et premiers intervenants - cette histoire n'est pas abstraite. Elle est profondément personnelle. C'est le son des sirènes, la vue de la fumée s'élevant au-dessus de l'Hudson, le choc d'une skyline changée à jamais et les noms gravés dans les mémoriaux qui bordent la ville. La pensée que Sharaa pose le pied sur le sol américain sans un règlement de comptes clair avec ce passé est une blessure rouverte.
L'administration Trump voit la présence de Sharaa à l'ONU comme une opportunité - une chance de stabiliser la Syrie, de contrer l'influence iranienne et de revendiquer une victoire diplomatique. Mais l'optique compte. Accueillir Sharaa à New York sans reconnaissance publique de son passé risque de signaler que les États-Unis sont prêts à ignorer un historique de terreur pour des raisons d'opportunisme politique. Dans la ville qui a subi le poids de la sauvagerie d'al-Qaïda, ce message atterrit comme une trahison.
Si Sharaa veut être considéré comme un chef d'État légitime, il y a une voie à suivre. Il doit se tenir devant le monde et dénoncer sans équivoque al-Qaïda et ses affiliés. Il doit déclarer, dans un langage clair et sans ambiguïté, que les attaques contre le World Trade Center et le Pentagone étaient des actes de terrorisme barbare. Et il doit déclarer clairement, sans qualification, qu'Oussama ben Laden était un terroriste - pas un héros, pas une figure incomprise, mais l'architecte du meurtre de masse.
Le président Trump, qui connaît le pouvoir de l'imagerie mieux que la plupart, fait face à un test moral. Le silence ou de vagues demi-mesures feraient de cette visite non pas un symbole de progrès mais un rappel douloureux que certaines blessures ne guérissent jamais.
Si Sharaa ne reconnaît pas publiquement que le 11 septembre était un acte de terreur impardonnable, sa présence à New York n'est pas un geste d'espoir - c'est une tache sur la ville qui a payé le prix le plus lourd. Il ne s'agit pas seulement de géopolitique ou de stratégie ; il s'agit du message envoyé aux familles qui ont perdu des êtres chers, aux pompiers et policiers qui ont couru dans les tours qui s'effondraient et à une ville qui n'oubliera jamais.
Si Trump aime vraiment New York comme il le dit - si cette ville est vraiment le cœur battant de son histoire - alors il doit insister pour que Sharaa confronte son passé publiquement et sans ambiguïté.
